ARCIMBOLDO (G.)

ARCIMBOLDO (G.)
ARCIMBOLDO (G.)

Le nom d’Arcimboldo est devenu presque synonyme de ces tableaux fantastiques qui, à distance, paraissent représenter des personnages en buste, de face ou de profil, conformes à la tradition picturale de la Renaissance, et, de près, ne sont autre chose qu’un assemblage habile et parfois réversible d’éléments variés: fruits, fleurs, légumes, ustensiles de toutes sortes. Ces ghiribizzi (jeux caricaturaux) sont tantôt des allégories des saisons ou des éléments, tantôt des portraits: un cuisinier, un bibliothécaire, un jardinier, incarnés par des attributs de leur métier. L’ambiguïté de ces inventions, la virtuosité technique dont elles témoignent en font une manifestation caractéristique du maniérisme qui trouva un terrain favorable dans le Saint Empire romain germanique.

La vie et l’œuvre

Giuseppe Arcimboldo est vraisemblablement né vers 1527, à Milan, d’une famille patricienne. Il débute comme dessinateur, peintre de blasons, de cartons de vitraux et de tapisseries, puis devient portraitiste à la cour de Maximilien, roi de Bohême et futur empereur d’Allemagne. À partir de 1565, son nom apparaît dans la comptabilité impériale. Sous Rodolphe II, il sera conseiller artistique, organisateur et metteur en scène de divertissements princiers (dessins aux Offices, Florence). Il se distingue notamment par l’invention d’une méthode colorimétrique de transcription musicale. Il quitte la Cour en 1587, se retire à Milan, est promu au rang de comte palatin en 1591 et meurt en 1593.

Une vingtaine de «têtes composées» sont signées, ou décrites par les auteurs du temps, ou encore authentifiées par les inventaires des collections impériales. Parmi les allégories, signalons celles de L’Été et de L’Hiver (datée de 1563), celles du Feu (datée de 1572) et de L’Eau , au Kunsthistorisches Museum, à Vienne. Il existe d’autres exemplaires postérieurs des Saisons dans les collections particulières. Parmi les portraits, Le Bibliothécaire , Le Jardinier , Le Cuisinier (tableau réversible) et Calvin se trouvent en Suède depuis le sac de Prague, siège de la cour impériale, en 1648. On peut encore attribuer au Milanais la Tête grotesque du Landesmuseum de Graz – peut-être une allégorie de La Terre – et Le Paysan du musée de Crémone. Comanini et Lomazzo ont décrit, au XVIe siècle, d’autres «têtes composées» qui semblent perdues. Certaines œuvres connues sont des attributions discutables. A. Pieyre de Mandiargues énumère trente et un tableaux. Une série des quatre saisons est entrée au musée du Louvre, une allégorie de L’Eau aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.

En son époque, Arcimboldo ne fait pas figure d’isolé. Il existe une tradition antique de masques bachiques, formés de feuilles de vigne, de raisins, de vrilles, et de camées hellénistiques du même type. Les artistes de la Renaissance, Vinci le premier, s’étaient intéressés aux faciès monstrueux, aux portraits déformés par des jeux de glace, ainsi qu’aux compositions à base d’éléments détournés de leurs fins, dont Jérôme Bosch avait été le précurseur. Peut-être connaissait-on les miniatures indiennes représentant des animaux fantastiques dont les corps sont des mosaïques de formes humaines et animales. Mention doit être faite des médailles et des caricatures satiriques de la Réforme et de la Contre-Réforme. Le goût des objets étranges, des singularités de la nature ou de l’art, parfois susceptibles de faire naître l’effroi, s’exprime dans les cabinets de curiosités constitués par les princes. Enfin, l’allégorie, le langage des emblèmes étaient à l’honneur. Les peintures d’Arcimboldo étaient donc conformes aux penchants maniéristes. Elles connurent un vif succès. Comanini y voyait une combinaison de symboles à la louange de l’empereur – chaque fruit, chaque animal aurait alors un sens – mais il parle aussi du rire et de la stupeur qui s’emparaient des spectateurs. Ces sentiments complexes, comportant un élément de choc, expliquent la vogue dont jouit Arcimboldo dans les milieux surréalistes.

L’influence d’Arcimboldo

Arcimboldo ne semble pas avoir eu d’élève, mais, déjà de son vivant, il inspirait de nombreux copistes. Le genre des têtes composées se perpétua aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il reparaît dans des œuvres essentiellement décoratives, qui représentent des personnages non plus en buste mais vus jusqu’à la taille ou étendus, telles les quatre Saisons de la pinacothèque de Brescia. Ce procédé, nourri par les inventions formelles du graveur toscan, Bracelli, auteur des Bizzarie (1624), est exploité dans des fantaisies ornementales et des assemblages d’ustensiles qui figurent les métiers, dans l’esprit des enseignes parlantes. Il est repris au XIXe siècle par les caricaturistes, notamment pour les figures de Napoléon Ier, de Napoléon III, et des souverains belges, Léopold Ier et Léopold II; il est même utilisé en des compositions d’un érotisme grossier. En revanche, c’est à tort que l’on fait remonter à Arcimboldo des paysages anthropomorphes dont l’origine semble flamande. Les peintures illusionnistes du maître milanais se distinguent par la perfection du modelé, par l’imbrication serrée et quasi organique des éléments qui les composent, très différente de la disposition aérée et décorative des œuvres postérieures.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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